Problemes… de Jean-paul Sartre
LIBERTE ET ENGAGEMENT.
Ce qui me paraît le plus remarquable dans la pensée et dans l’action de J.-P. Sartre, c’est que, dans et par son œuvre, l’homme s’engage dans une aventure prodigieuse, telle que sa destinée en prend une dimension nouvelle.
Sans doute y a-t-il, en France et ailleurs, d’au- tres philosophes qui ont développé les thèmes phénoménologiques et les thèmes existentiels avec autant de profondeur et de brio. Mais au- cun d’entre eux n’a eu, comme Sartre, le souci de garder le contact avec la vie quotidienne, ni le sentiment, la conviction que la vie humaine n’est pas seulement une aventure intellectuelle, que l’homme ne peut se considérer comme quitte s’il a résolu le problème sur le plan de l’esprit. Une vie se vit, une théorie se pratique. L’homme n’est qu’une série d’entreprises, une somme d’ac- tes. Ces actes s’élaborent à partir d’une situation historique donnée et s’y insèrent. De là la place de plus en plus grande que le problème de la < praxis» va prendre dans son œuvre;. de là, aussi, son besoin d’agir et d’influer sur les évé- nements, et son souci de se situer par rapport au marxisme, non seulement sur le plan théorique, en polémiquant avec les représentants français du marxisme-léninisme orthodoxe, mais aussi sur le plan pratique, en engageant le dialogue avec le parti communiste, qui est, en France, l’expression la plus importante de la classe ou- vrière; cette classe ouvrière que l’on doit consi- dérer, si on a de l’histoire une vue dialectique (et Sartre prétend l’avoir et se réclame, en cela, du marxisme), comme la force ou, en tout cas, une des forces avec lesquelles il est possible d’entre- prendre une action de renouveau.
A quoi pourrait tendre cette action? A met- tre fin à l’aliénation de l’homme. Sartre reprend ici un mot de la terminologie marxiste, mais en lui donnant un sens un peu différent.
Est aliéné, l’homme qui n’est pas lui-même. Pour Marx, c’est le système de production capi- taliste qui aliène l’homme, parce qu’il le force à concentrer ses actes, ses pensées et ses senti- ments sur l’AVOIR. Le sens de l’avoir finit par obnubiler tous ses autres sens, de sorte que plus il A, moins il EST. Pour que l’homme puisse être, il faut changer le système de production, afin de faire naître d’autres rapports sociaux; l’homme pourra ainsi établir avec autrui des re- lations qui n’exigeront plus l’aliénation, qui n’exigeront plus que l’être devienne avoir.












