Les paysans, ces exploités de toujours, restent les mal aimés du socialisme. L’industrialisation ne suffit pas à faire démarrer le développement : il faut qu’il prenne racine à la base, qui est encore agricole. C’est ce que les socialismes n’ont pas compris, sauf peut-être en Chine.
Voyons d’abord Ceylan : la Sainte-Alliance de la Gauche (y compris des trotskystes !) s’est faite contre la révolte des jeunes ; une fois de plus la Campagne s’était révoltée contre la Ville, qui voulait lui imposer ses décisions. Voyons la Tunisie où les paysans ont été embrigadés dans des coopératives gérées bureaucratiquement, d’où anarchie, stagnation de la production et endettement du pays. Voyons enfin le Sénégal : des coopératives mal préparées ont été facilement récupérées par un système d’exploitation néo-colonial ; monoculture et mécanisation prématurée ont conduit au bord de l’effondrement.
Trois exemples, trois déceptions. Les remèdes techniques existent, mais ils n’agiront que si la paysannerie est mise en mesure de participer au développement national et de prendre son destin en mains au lieu de toujours le subir.
RENÉ DUMONT
Né en 1904. A connu la guerre à dix ans, en a gardé l’horreur. Ingénieur agronome, il commence dans la rizière tonkinoise (2 millions de familles paysannes, 1 million d’hectares) cette lutte contre la faim qu’il n’abandonnera plus. Après avoir vu la famine de la région de Vinh, qu’on ne voulait pas secourir, il rentre à Paris, occupe à l’« Agro » une chaire de développement et planification en agriculture, tiers-monde et pays socialistes, et parcourt le monde à une cadence qui s’accélère depuis 1946.















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